Louise vous a déjà parlé de Squeegee en juin dernier lorsqu'elle vous a présenté Jean-Louis Tilburg. Aujourd'hui, elle revient sur l'histoire du groupe qui met les rêves et les synchronicités à l'honneur.

Des origines à la signature en maison de disque

Une véritable épopée

Besançon, début des années 90s, Florent Prabel est DJ au Taos Blue, petit club branché de la capitale comtoise. C’est un jeune autodidacte, curieux, touche à tout, doué pour la musique. Batterie, guitare, basse, clavier, voix, rien ne lui résiste, mais ce qui l’intéresse par dessus tout, c’est la réalisation musicale, avec une fascination inexpliquée pour les consoles d’enregistrements.

Il réalise chez lui des maquettes sur un Tascam 8 pistes, et parvient déjà à l’époque à obtenir un son assez bluffant. Seulement, les paroles lui manquent, et c’est souvent en yaourt qu’il pose sa voix sur ses mélodies.

Il fait alors la rencontre de Jean-Louis Tilburg, étudiant en anglais, et le sollicite pour écrire des textes. Ce dernier est ravi, mais lui explique qu’il ne s’est jamais livré à un tel exercice. Il adore la musique, certes, mais n’y connait absolument rien. Son truc à lui, c’est le rap. Mais Florent le convint, Jean-Louis accepte donc et relève même le défi haut la main se découvrant ainsi une véritable passion pour l’écriture.

Ensemble, ils créent des chansons, de manière ponctuelle, dans un esprit toujours ludique et ouvert aux influences de toutes sortes. Ce n’est qu’en 1994 qu’ils décident enfin de fonder leur premier groupe avec pour ambition de faire un rap mi français, mi anglais. Florent se met à composer des mélodies urbaines très élaborées, toujours avec cette volonté de se démarquer des créations hip-hop de l’époque qu’il juge trop simplistes car exclusivement basées sur des samples, des scratches et de lourdes rythmiques. Jean-Louis, quant à lui, s’attelle aux textes qu’il écrit en anglais et en français. Les thèmes qu’il aborde sont très originaux, loin des clichés rap, et peuvent parfois aborder des sujets tel que la réincarnation, la mort, ou l’addiction. Sans le vouloir vraiment, à l’instar de son camarade, il finit par se distinguer lui aussi de par sa plume. Jacarandaz est né !

Jean-Louis rappe les parties anglaises, Florent les parties françaises.

Les deux compères sentent qu’ils tiennent quelque chose et ne cachent pas leur rêve de grandeur.

Dix titres et une année plus tard, ils envoient leur maquette à des labels et éditeurs parisiens. Les Éditions Céline Musique leurs répondent de suite et les signent dans la foulée trouvant le projet fort intéressant. Très vite, un rendez-vous est obtenu chez EMI, une des plus grosses majors françaises. Mais la joie immense de Florent et Jean-Louis laisse vite place à la désillusion. Ils sortent de la rencontre énormément déçus. Le directeur artistique est enthousiasmé par la production, les musiques et les paroles, mais ne cache pas ses doutes quant à l’interprétation, émettant notamment quelques réserves sur l’anglais de Jean-Louis (qui n’est pas sa langue maternelle) et la capacité réelle de Florent à rapper. Les deux jeunes hommes de 23 et 24 ans accusent le coup, et font une pause de quelques mois, histoire de digérer tout ça.

Hasard ou destin, à cette même période, le percussionniste Zakaria RIAHI, ami de Florent, propose à ce dernier de produire les maquettes du violoniste algérien Djamel Ben Yelles venu s’installer à Besançon. Le projet Djam&Fam est ambitieux, un mélange de Raï, d’urbain, avec un violon omniprésent, et un nombre conséquent de guests. Djamel est en édition chez Polygram France, la production est financée par un indépendant et la distribution faite par Warner France. Florent est ravi, c’est l’occasion pour lui de se changer les idées et de faire connaître ses talents à des professionnels. Il accepte volontiers et impose Jean-Louis comme assistant.

À l’écoute des premiers titres, l’enthousiasme est général et Florent se voit confier la réalisation artistique de l’album dans sa globalité. Une nouvelle aventure commence et les artistes se succèdent derrière le micro, notamment Cheb Moumen, Cheba Zahouania, ou encore la chanteuse suédoise Åsa Fång, mais une rencontre se révélera particulièrement déterminante pour la suite, celle avec le rappeur anglais Roy Ashong.

Au fil des sessions, les deux jeunes bisontins tissent des liens d’amitié avec Djamel et lui font tout naturellement écouter leurs maquettes de Jacarandaz. Le violoniste apprécie les compositions et relève la qualité de l’écriture. Justement, il aimerait faire un titre sur son pays d’origine, l’Algérie, pour lequel il éprouve des sentiments contrastés, mais il craint d’être maladroit. Il soumet donc l’idée à Jean-Louis. Surmotivé, le jeune novice écrit en quelques heures plusieurs strophes d’un rap finement ciselé. Le morceau est enregistré, et c’est Jean-Louis qui interprète lui-même le titre Mon cœur se brise(1) en duo avec la chanteuse algérienne Cheba Zahouania aux mélopées envoutantes.

Automne 1995, l’enregistrement de l’album s’achève. Florent et Jean-Louis sont quelque peu chamboulés par l’aventure humaine et musicale qu’ils viennent de vivre. Chose certaine, c’est qu’ils ont énormément appris. Ils sont plus sûrs d’eux et ont désormais les contacts de professionnels. Reste maintenant à produire de nouveaux morceaux. Table rase sur le passé, Jacarandaz est mis aux oubliettes et ils se séparent de leur éditeur. Le binôme veut du neuf et travaille d’arrache-pied en explorant dans tous les sens. C’est en même temps le plein boom en matière de technologie musicale, le numérique s’impose peu à peu et devient maintenant accessible aux home studistes. Florent investit dans de nouveaux claviers et un 8 pistes numérique Roland avec disque dur, une vraie révolution pour l’époque. À ce moment là, Fabrice Guillaume rejoint le duo. Ce féru de pop et de drum&bass est Barman au Taos Blue, c’est un collègue de Florent, mais surtout un ami de longue date des deux garçons. Il les avait soutenus durant toute l’expérience Jacarandaz en apportant un soutien non négligeable, notamment au niveau logistique. Désormais, il compose également et aide à l’enregistrement des titres. De son côté, Jean-Louis, qui semble avoir retenu les conseils de leur ex éditeur, parfait son rap et ses rimes exclusivement en français.

Les mois défilent, ils enchainent les titres sans toutefois trouver ce petit plus qu’ils recherchent jusqu’à la rencontre avec Earl, un étudiant et musicien américain, qui va faire renaitre chez nos trois amis l’idée d’un rap mi français, mi anglais. Car ce batteur de formation, et mélodiste accompli, se révèle être aussi un excellent chanteur, et, pour ne rien gâcher, un rappeur talentueux. Bingo ! Ce ne peut être qu’un signe du destin. Le trio bisontin propose à Earl de travailler sur quelques titres avec eux. L’entente artistique est immédiate, en très peu de temps les garçons enregistrent 5 titres et ça sonne ! Les raps de Jean-Louis et Earl cohabitent à merveille. Les retours des amis et des gens en général sont très positifs, parfois dithyrambiques.

Mais, échaudés par l’expérience Jacarandaz, le duo de départ ne veut pas s’emballer. Cette-fois, ils veulent être pris au sérieux par les maisons de disques en proposant quelque chose d’irréprochable.

Le groupe Oxblood voit le jour. Les quatre garçons s’organisent activement : séance photo, création de petites PLVs, gravure de CDs.

Nous sommes au printemps 1996, tout est prêt, ne reste plus qu’à activer les contacts !

Djamel Ben Yelles, toujours proche de nos bisontins, décide de parler du projet Oxblood à son directeur artistique chez Polygram éditions. L’accueil est très bon, d’ailleurs ce dernier connait déjà Florent et Jean-Louis pour leur travail sur l’album Djam&Fam. À son tour, le DA contacte le label Mercury/Polygram avec qui il est en lien étroit. Les maquettes sont écoutées puis réécoutées, et au bout de quelques semaines, le Directeur Général de chez Mercury propose à Oxblood un contrat de 3 albums.

C’est l’euphorie, Florent, Jean-Louis et Fabrice contacte Earl qui, entre temps, est parti rendre visite à sa famille aux États-Unis. Les contrats sont établis par la maison de disque, les trois amis se rendent à Paris signer le leur, celui de Earl est envoyé directement à Chicago.

Les semaine passent, et le jeune étudiant américain ne donne pas signe de vie. Son père, avocat, a étudié la proposition de Mercury et semble avoir quelques exigences particulières et pour le moins suspectes. Florent, puis Jean-Louis, tentent à maintes reprises de raisonner le garçon afin qu’il accepte le contrat en l’état et vienne rapidement enregistrer avec eux ce qui serait le premier album d’Oxblood, mais notre rappeur ne cède pas à leur attente. Il prend son temps car il sait, de toute façon, que sans lui le projet n’est plus viable, du moins, c’est ce qu’il croit. Suite à une dernière tentative, une fois de plus avortée, Jean-Louis, en accord avec ses deux autres camarades, lui signifie son éviction du groupe. Earl pense alors à un gros coup de bluff.

Florent et Jean-Louis sont dépités. Le sort semble s’acharner sur eux. Mais ils relèvent aussitôt la tête. Le destin, pensent-ils, ça se force ! Soudain, comme une évidence, une même idée jaillit presque simultanément de la tête des deux ex Jacarandaz ! Et pourquoi ne pas contacter Roy Ashong, qui était venu participer à l’enregistrement de l’album Djam&Fam et avec lequel ils s’étaient entendus à merveille !

Ils en parlent aussitôt à Djamel Ben Yelles, mais il y a un problème, Roy est déjà lié contractuellement au projet Djam&Fam. Le violoniste appelle tout de même le rappeur anglais afin de savoir si le projet Oxblood serait susceptible d’intéresser un de ses amis artistes. Quelques jours plus tard Roy contacte Djamel, il pense avoir trouvé la perle rare pour le groupe, il s’agit de Milton Mac Alpine, un ami d’enfance, breakdancer et rappeur émérite, très actif aux grandes heures de la Zulu Nation.

Nos trois bisontins financent le voyage de l’anglais. Il faut rapidement faire des maquettes, les envoyer à la maison de disque, et expliquer la situation ubuesque dans laquelle ils se trouvent.

Hall d’arrivée de l’aéroport de Bâle/Mulhouse, une semaine s’est écoulée, Milton est attendu comme le Messie. Soudain une silhouette massive apparait, ça ne peut être que lui, Jean-Louis fait un signe timide de la main tant il est impressionné par le personnage de trois ans son ainé. Ils échangent froidement quelques mots. Le londonien a du style, casquette vissée sur la tête, chaines et bague en or, T-shirt tagué à son effigie. N’importe qui aurait eu l’air ridicule avec un tel accoutrement, mais lui non. Au contraire, il inspire force et respect. Sur la route qui les mène à Besançon, Milton assaille Jean-Louis de questions. Il est dur, parfois tranchant, comme pour tester le seuil de tolérance et les connaissances du jeune français, mais ce dernier répond calmement car il devine l’appréhension et la peur qui se cache derrière cette attitude offensive.

Sans tarder, Milton et le trio de compères se mettent à travailler. Florent a préparé quatre nouveaux instrus, il ne veut pas réenregistrer les titres réalisés avec Earl afin qu’il n’y ait pas lieu à comparaison, ni même à discussion.

Jean-Louis qui maitrise le mieux la langue anglaise devient, de façon tout à fait naturelle, l’interlocuteur privilégié de Milton. Très vite une belle complicité s’installe entre eux et une véritable alchimie opère à l’écriture. Milton le caïd baisse la garde, il confie ses doutes et ses attentes. Il est déjà papa de deux enfants qu’il a eu très tôt et ne cache pas les nombreuses fêlures et accidents de sa jeune vie. Il souhaiterait donner un vrai tournant positif à son existence. Ce projet, pour lui, c’est du quitte ou double. C’est ainsi, dans cette ambiance très particulière, quasi mystique, que l’enregistrement se passe. Florent ne tarit pas d’éloge sur la voix du rappeur britannique qui lui rappelle celle du fameux Chuck-D, du groupe Public Enemy. Quelque chose de magique plane dans l’air, les quatre garçons le savent déjà, ça va marcher !

C’est l’heure des aurevoirs, le séjour de Milton fut court, pourtant les jeunes bisontins ont tissé des liens très forts avec lui. Le contexte si particulier a participé pour beaucoup à l’exacerbation des ressentis. Depuis plus d’un an, pour eux, c’est l’ascenseur émotionnel. Un dernier hug et Jean-Louis donne symboliquement rendez-vous au londonien pour signer les contrats à Paris.

Suite aux changements survenus, un directeur artistique de chez Mercury est dépêché à Besançon afin de faire le point avec les garçons et prendre connaissance des nouveaux morceaux. L’éviction de Earl a rendu caduques les contrats signés précédemment. C’est donc dans une atmosphère quelque peu tendue que se passe l’écoute. L’homme est assis, concentré, les yeux fermés, et ne laisse rien transparaître. Un supplice de plus pour Florent et ses deux camarades. Puis le dernier titre touche à sa fin, l’émissaire de la maison de disque sort soudainement de sa bulle, et le verdict tombe : il a adoré !

Nos bisontins sont extrêmement soulagés mais n’exultent pas, ils savent pertinemment que la décision finale se tiendra en haut lieu.

Quelques jours ont passé, Florent reçoit l’appel du directeur général de Mercury qui ne semble plus trop enclin à signer le groupe. Il dit préférer la maquette qui avait été réalisée avec Earl. Le jeune compositeur argumente du mieux qu’il peut, explique que la voix et le flow de Milton sont exceptionnels, son attitude beaucoup plus urbaine et authentique que celle de Earl qui se positionnait plus comme un chanteur, mais rien n’y fait. Le patron du label demande un peu de temps afin d’y voir plus clair et prendre la bonne décision.

Les semaines passent et la maison de disque ne donne plus signe de vie. De nouveau, nos jeunes artistes ont l’impression que leur destin leur échappe. Dans un dernier élan, Florent, entouré de ses compères, appelle le directeur du label qui paraît toujours aussi hésitant, mais il fait le forcing, et arrive même à le faire rire. Il faut dire que Yves a une profonde sympathie pour ces jeunes provinciaux si désarmants de naïveté, et il sait, comme eux, que l’issue de cette conversation, à cet instant précis, sera déterminante pour leur futur. Les minutes défilent et semblent être des heures. C’est la fin de la semaine, il fait très chaud, nous sommes en juillet. Les deux camps n’en peuvent plus, une décision doit être prise rapidement. Soudain, contre toute attente, le patron de Mercury coupe net à la conversation, il doit partir sur le champ pour un rendez-vous.

« Ok, les gars, venez signez la semaine prochaine à Paris avec Milton ! Ah, autre chose, nouveau groupe, nouveau nom, trouvez en un vite, et appelez Valérie qu’elle établisse de nouveaux contrats ! »

Florent raccroche, se tourne vers ses deux acolytes. Ils peuvent désormais exulter. Moins d’une heure suffira pour rebaptiser leur groupe, ils s’appelleront : Squeegee !

Sous le feu des projecteurs

La suite, vous la connaissez …

Janvier 1997, le single Money.B (“Que f’rais tu pour une poignée de dollars ?’’) devient un gros tube radio et fait connaitre rapidement le groupe Squeegee au grand public. NRJ, Skyrock et Fun Radio programment le titre en forte rotation. Puis suivent les hits, By your side,et Rappelez-moi ces temps dont les vidéo-clips très cinématographiques réalisés par Tristan Aurouet et Gilles Lellouche marqueront les esprits.

Squeegee enchaine les plateaux TV, les interviews, et les show-cases à Paris et en région, mais aussi en Belgique. Dans le même temps, les garçons finalisent leur premier opus dans lequel on retrouve de nombreuses figures du projet Djam&Jam (le violoniste Djamel BenYelles, Cheb Moumen, Åsa Fång et Roy Ashong) mais également le prestigieux saxophoniste, Manu Di Bango, sur le planant titre Sexy Groovy.

L’album est enregistré dans sa totalité à Besançon par Florent, puis mixé à ICP en Belgique. Le mastering est réalisé à Londres au studio Metropolis. Dès sa sortie, en octobre 1997, il se hisse dans le top 50 des meilleures ventes françaises pendant plus d’une semaine.

Concernant la scène, le groupe de rap prend le parti de jouer en live. Ainsi, le guitariste Davy Bergier et la chanteuse Laurel Coker qui avaient participé à l’enregistrement de l’album rejoignent le casting, suivis de DJ Far, du bassiste Laurent Guldemann, du batteur Cédric Desmazière et du percussionniste Zakaria RIAHI. Ensemble ils sillonnent les routes de France pour une longue série de concerts et jouent dans quelques festivals de renom tels que le Jazz Pulse Festival de Nancy ou encore le Printemps de Bourges (avril 1998 – grande scène).

Juin 1998, l’album est commercialisé au Québec. Le concept franco-anglais semble se prêter tout à fait au lieu. Squeegee est accueilli fort chaleureusement par les médias canadiens et se voit programmé au Francofolies de Montréal pour y donner deux concerts. Pour la petite histoire, ce n’est pas Money.B qui sera choisi en premier par les radios pour faire connaître le groupe, mais bien Control, faisant de ce titre d’album un véritable tube chez nos amis québécois.

Squeegee gagne en confiance et en expérience. Le tour manager du groupe, qui produit également Jimmy Cliff sur la scène française, décide alors d’organiser une rencontre entre les artistes. Le chanteur jamaïcain est conquis par la musique et l’originalité des bisontins. Justement, il est en train d’enregistrer un nouvel album et souhaiterait que les garçons lui écrivent une chanson. Cela donnera lieu à Simple Truth,un duo qu’ils enregistreront ensemble au Tuff Gong Studio de Kingston. Le titre figurera sur l’album Journey of a lifetime (Island/Polygram) de Jimmy Cliff. S’ensuivra alors une série de concerts en France durant l’été 1998 où Squeegee assurera les premières parties de la star caribéenne.

Fin de la formidable aventure

Mais cette ascension fulgurante ne laissera pas le groupe indemne. Elle a affecté les organismes, les jeunes hommes sont fatigués tant physiquement que psychiquement et beaucoup de leurs anciens repères ont changé. Quelques égos se sont égarés si bien que la belle amitié du début a laissé place, peu à peu, à de nombreuses dissensions.

L’année 1998 touche à sa fin, Squeegee s’est séparé de Fabrice depuis plusieurs semaines déjà. C’est ainsi, dans cette fébrilité ambiante, que débute l’enregistrement du second album, mais le cœur n’y est plus et les mésententes persistent. Le nouveau Directeur Général de Mercury qui est un businessman ambitieux ne voit pas la situation d’un bon œil. Les états d’âmes de nos amis l’exaspèrent et plutôt que d’essayer de comprendre la situation, il préfère résilier le contrat du groupe.

La messe est dite ! Les trois garçons sont sonnés.

Jean-Louis et Milton décident de continuer l’aventure Squeegee sans Florent et collaborent un temps avec les compositeurs Frères de Sons, mais le stress et la fatigue perdurent, ils ont besoin d’oxygène et sentent que le moment est venu de faire un break. Milton retourne à Londres.

Chacun travaille, de son côté, avec d’autres artistes, expérimente, se perfectionne, explore d’autres disciplines comme la réalisation, la production ou encore l’art dramatique.

Début 2002, riches de leurs expériences respectives, les deux amis se mettent à collaborer de nouveau sur quelques titres et redécouvrent alors la joie de travailler ensemble. Il signent en 2004 chez Solibo Music, un label indépendant, et enregistrent ainsi leur second album intitulé Life of Fortune(2). Hélas, malgré un intérêt certain pour ce nouvel opus, les majors françaises ne souhaiteront pas assurer sa distribution. Trop d’années se sont écoulées, une multitude de nouveaux artistes rap ont éclos et ils craignent, tout simplement, que Squeegee ne retrouve pas l’audience de ses débuts.

Les deux amis l’ont bien compris, ils ne reviendront pas sur le devant de la scène. La déception est grande, mais tout autant que la joie, celle d’avoir vécu une expérience extraordinaire. C’est donc tout naturellement, et sans amertume aucune, que le duo décide de mettre un point final à la belle aventure.

(1) Le titre Mon cœur se brise connaîtra un joli succès sur Radio Nova et figurera sur de nombreuses compilations Raï.

(2) Sad like a Tango et J’attends ma mission sont les seuls titres de l’album rendus publics. Ils figurent sur la compilation Jenn Kon Vie (Madinina) de Solibo Music sortie en juin 2014.